Témoignage anonyme de Côte d'Ivoire

Publié le par pascal

La plupart des gens pensent que la Côte d’Ivoire est coupée en deux, au sud les gouvernementaux et au nord les rebelles. En fait, il existe une 3ème partie qui sépare le nord du sud, d’une quarantaine de kilomètres de large, traversant d’est en ouest tout le pays. Ce « No Man’s Land » est contrôlé par les forces de l’ONU.

Cette zone, que l’on appelle ZDC (pour zone de confiance) n’a de confiance que le nom. En fait, dépourvue de forces de police ainsi que de toute représentation étatique, elle est infestée de coupeurs de routes, bandits de grand chemin rançonnant, violant et tuant les voyageurs qui utilisent les taxis brousses, et cela en toute impunité, au nez et à la barbe de l’ONUCI qui se trouve embourbée par les termes d’un mandat très lourd, le manque de réactivité et l’usure de ses troupes qui passent un an en RCI sans relève. De plus, le contingent, fourni par le Bengladesh, est anglophone et musulman, dans un pays francophone et chrétien, d’où l’incompréhension des uns et des autres.

Le peloton de l’Adjudant-chef RAUGEL a pris le poste de Bangolo au milieu du mois de février 2005 dans un climat « anti-français » très marqué, suite aux événements de novembre 2004 où la force LICORNE a réprimé les émeutes dans la capitale (…).

Le peloton a consacré énormément de temps et d’énergie pour régler les heurts inter ethniques qui provoquaient des soulèvement locaux causant blessés, morts et pillages dans les campements et villages. La plupart de ces problèmes ont pu être réglés par son intervention, la médiation et l’interpellation des fauteurs de troubles et criminels présumés.

Les interventions contre les coupeurs de routes, suite à leurs exactions répétées, se sont intensifiées avec des actions de nuit engageant le peloton pour les intercepter. Ce mode opératoire a donné certains résultats mais les criminels, interpellés et remis aux autorités gouvernementales au sud de la ZDC, étaient remis en liberté dans les jours suivants.

L’insécurité était totale en ZDC et le trafic routier stoppé car les conducteurs terrorisés ne voulaient plus risquer leur vie en traversant la zone de confiance.

L’arrêt des échanges a accentué la souffrance et la détresse des populations locales dont la vie, voire la survie, était déjà précaire. Il n’y avait plus d’échanges économiques. La population de Douekoue au sud de la ZDC, excédée, se révolta et des émeutes éclatèrent dans cette ville frontalière causant une dizaine de morts et de nombreux blessés.

Pour le commandement de LICORNE, la situation était préoccupante et il était primordial de la débloquer.

A cette époque, la mission principale fut de sécuriser la zone et la volonté du commandement était clairement affichée : régler la question des coupeurs de route.

F. M., chef de bande charismatique et craint pour sa cruauté, était avec ses « lieutenants » l’objectif de l’adjudant-chef RAUGEL. Le 13 mai, une patrouille l’intercepte et le blesse, mais il réussit à fuir. Plus tard dans la soirée, il est récupéré au bord de la route et ramené au poste de Bangolo. Les ordres pour l’adjudant-chef RAUGEL sont clairs, le ramener mort au PC.

Alors que faire de F. M. ? Le remettre aux rebelles ? Mais dans ce cas précis, le peloton ne respectait pas les termes du mandat et il est certain qu’il aurait été tué et que la Croix Rouge internationale en aurait été avisée, ce qui aurait certainement provoqué des remous de niveau international.

Le donner au sud pour le faire libérer, ou le remettre au nord pour qu’ils le tuent ? Cruel dilemme pour le Commandement !

La situation réclamant un règlement définitif de cette question des coupeurs de routes, l’ordre est tombé et l’adjudant-chef l’a exécuté." 

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Publié dans Page d'acceuil

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F
et fiers du devoir accompli...mais totalement abandonnés par nos chefs qui dorment face a leur conscience et leur lacheté... et qui continuent a vivre comme si de rien n'etait....scandaleux.
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